Comme le souligne le rapport Draghi, document de référence sur l’avenir de la compétitivité européenne publié en 2024, l’Union européenne fait face à une concurrence mondiale de plus en plus féroce et déloyale. Dans ce contexte, elle doit impérativement renforcer sa base industrielle, cultiver son potentiel d’innovation et exploiter pleinement les atouts de son marché intérieur.
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit l’Industrial Accelerator Act (IAA), présenté par la Commission européenne le 4 mars 2026. Celui-ci vise à réduire les vulnérabilités économiques de l’Union face aux risques d’instrumentalisation de ses dépendances, en stimulant la production industrielle européenne dans des secteurs clés tels que les industries stratégiques, les activités à forte intensité énergétique et les technologies propres. Aujourd’hui, l’industrie manufacturière représente 14,3 % du PIB de l’UE (2024). À travers l’IAA, Bruxelles se fixe pour objectif de porter cette part à 20 % d’ici 2035, consolidant ainsi la place de l’Europe sur la scène industrielle mondiale tout en promouvant un modèle de croissance durable et résilient.
Pour cela, l’exécutif européen détaille une stratégie ambitieuse articulée autour de plusieurs leviers :
- Favoriser un environnement réglementaire propice à la production industrielle en simplifiant et en numérisant les procédures d’autorisation des projets industriels ;
- Renforcer les chaines de valeurs industrielles stratégiques de l’UE, notamment par l’introduction de préférences dans les marchés publics et les aides d’État en faveur des produits fabriqués dans l’Union ou à faible intensité carbone ;
- Encadrer plus strictement les investissements directs étrangers (IDE) dans certains secteurs industriels stratégiques émergents, afin de limiter les dépendances critiques tout en garantissant que ces investissements contribuent réellement à la création de valeur au sein de l’UE ;
- Créer des zones industrielles stratégiques planifiées au niveau national, destinées à accélérer le déploiement de projets dans les secteurs clés, grâce notamment à des procédures d’autorisation simplifiées reposant sur un mécanisme de permis global préalable ;
La présentation de ce règlement, reportée à de nombreuses reprises en raison des différents qu’il pouvait susciter entre les directions générales (DG) chargées des politiques industrielles et celles responsables des relations commerciales extérieures, polarise également les Vingt-Sept. L’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Slovénie, la Finlande et la Suède se montrent sceptiques face aux restrictions imposées aux partenaires commerciaux, craignant un tournant protectionniste de l’Union, tandis que la France, l’Autriche ou encore l’Espagne comptent bien défendre une position stricte du « made in Europe ». Bercy regrette même une version insuffisamment exigeante du texte en ce qu’il prévoit la possibilité d’étendre, sous conditions, certains bénéfices de la préférence européenne à des pays tiers partenaires (« Made with Europe »).

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