Doté d’un budget prévisionnel de l’ordre de 8,5 à 9 milliards d’euros, en hausse par rapport à la programmation actuelle, AgoraEU traduit une ambition renforcée : soutenir la diversité culturelle et linguistique, consolider la compétitivité des industries culturelles et audiovisuelles, garantir la liberté artistique et médiatique et renforcer la participation démocratique.
Le processus législatif a franchi une étape décisive le 12 mai 2026, avec l’adoption par le Conseil de l’Union européenne d’un mandat partiel de négociation. Celui-ci confirme l’architecture du programme et maintient le choix de regrouper l’audiovisuel, les médias d’information et les jeux vidéo dans un volet unique « MEDIA+ », sans enveloppes sectorielles distinctes. Cette position introduit également des précisions sur le rôle des États membres et les modalités de gouvernance du programme. Toutefois, les éléments les plus structurants, en particulier le niveau des financements et leur répartition, demeurent à ces stade, ouverts, car renvoyés aux négociations globales sur le budget européen 2028‑2034.
En parallèle, le Parlement européen défend une approche plus ambitieuse. Le projet de rapport présenté le 18 mai 2026 par les rapporteures Emma Rafowicz (S&D) et Alice Kuhnke (Verts), propose un fléchage plus précis des financements entre secteurs, un renforcement des exigences sociales (conditions de travail, rémunération) ainsi qu’une simplification de l’accès aux financements (notamment via un cofinancement potentiellement porté à 100 % et des procédures allégées). Il met également l’accent sur l’inclusion, la mobilité des artistes et la protection des professionnels en situation de fragilité.
Cette phase de négociation s’accompagne d’une mobilisation croissante des acteurs, en particulier dans le secteur audiovisuel. Plus de 4 500 professionnels du cinéma européen ont ainsi alerté sur les risques liés à l’intégration du programme MEDIA dans un ensemble plus large, pointant notamment la possible dilution des financements, la perte de lisibilité des dispositifs et la nécessité de préserver le rôle central des producteurs indépendants.
Au‑delà de ces débats sectoriels, AgoraEU traduit une évolution plus profonde des politiques européennes. La culture et les médias sont désormais envisagés comme des leviers stratégiques au service de la résilience démocratique, dans un contexte marqué par les enjeux numériques, la désinformation et les tensions géopolitiques croissantes. Dans ce contexte, plusieurs institutions et parties prenantes appellent à un niveau de financement à la hauteur des ambitions affichées. Le Comité européen des régions a notamment demandé un renforcement du budget d’AgoraEU et alerté sur les risques de redéploiement au détriment d’autres politiques européennes, en particulier la cohésion.
Le calendrier se précise désormais : après l’adoption de la position du Conseil et la consolidation de celle du Parlement (amendements déposés en juin 2026), les négociations interinstitutionnelles (« trilogues ») devraient s’ouvrir à l’automne 2026. Elles porteront principalement sur trois points essentiels : le niveau global du budget, la répartition entre les volets et secteurs, et les modalités de gouvernance et de mise en œuvre.
AgoraEU marque un changement d’échelle et de logique par rapport à Europe Créative : un programme plus intégré et plus politique, mais dont les équilibres entre secteurs et les moyens financiers restent encore à arbitrer.

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