Budget européen 2028-2034 : la « nego box » chypriote lance la bataille des chiffres

Budget européen 2028-2034 : la « nego box » chypriote lance la bataille des chiffres

La présidence chypriote du Conseil de l’UE a dévoilé le 11 juin le premier document de négociation chiffré sur le prochain budget pluriannuel de l’UE. Cette « boîte de négociations » intègre pour la première fois des propositions de montants. 

Tiraillée entre les États « frugaux » demandant une baisse drastique du Cadre Financier Pluriannuel et les pays satisfaits du volume proposé par la Commission, Nicosie a opté pour une réduction limitée de l’enveloppe globale. La présidence chypriote propose ainsi une baisse de moins de 2 % (1,89 %) par rapport à la proposition de la Commission européenne, soit une réduction de 32,8 milliards sur 1 763 milliards d’euros (en euros constants, prix de 2025). Le prochain budget pluriannuel s'élèverait ainsi à 1,23 % du PIB des Vingt-Sept — ou 1,13 % en soustrayant le remboursement de la dette post-Covid. Un niveau que plusieurs des États membres les plus économes de l’UE jugent encore trop élevé, certains plaidant pour une coupe allant jusqu'à 20 %.

 

Contrairement aux demandes des frugaux, qui souhaitaient des coupes « horizontales » touchant uniformément toutes les enveloppes, la présidence chypriote a fait le choix d'épargner à ce stade les enveloppes de la PAC et de la cohésion : ainsi le premier pilier du CFP ne subit qu'une réduction marginale de 4,3 milliards (-0,5 %), le budget agricole restant inchangé à environ 260 milliards d'euros — au grand soulagement de la France. Les fonds de cohésion sont même légèrement en hausse pour soutenir les États les moins développés. 

 

En revanche, le fonds pour la compétitivité est amputé de 3,9 %, passant de 207 à environ 199 milliards d’euros. La présidence chypriote retient par ailleurs, à rebours des demandes des « amis de la cohésion », une approche fondée sur l’excellence plutôt que sur des critères géographiques. Ces États plaidaient pour une répartition territoriale du fonds afin d’éviter que ses bénéfices ne se concentrent principalement dans les économies les plus développées de l’Union. L’action extérieure, regroupée au sein de l’instrument Global Europe, est également appelée à contribuer à l’effort budgétaire. En revanche, le dossier sensible des ressources propres n’a quant à lui pas été touché. 

 

Cette proposition, a été présentée le 16 juin en Conseil affaires générales, avant d'atterrir sur la table des chefs d'État et de gouvernement lors du sommet européen des 18 et 19 juin. Les premières réactions laissent toutefois présager des négociations difficiles. Plusieurs États frugaux, parmi lesquels la Suède, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark, la Finlande et l’Autriche, ont déjà fait part de leur déception et pourraient s’opposer fermement à cette proposition.

 

Le Parlement européen s’est lui aussi montré critique. Les corapporteurs du CFP 2028-2034, Siegfried Mureșan (PPE) et Carla Tavares (S&D), ont exprimé leur mécontentement dès la publication du document. Dans une résolution adoptée fin avril, le Parlement européen avait plaidé pour une hausse de 10 % du budget européen par rapport à la proposition de l’exécutif. Si l’institution est étroitement associée aux discussions sur les priorités politiques du futur budget, il convient de rappeler que celle-ci reste toutefois exclue des négociations entre États membres sur les montants. Son rôle se limite in fine à approuver ou à rejeter l’accord qui sera trouvé par les Vingt-Sept.