Cet exercice, très fortement inspiré du « Discours sur l'état de l'Union » réalisé tous les ans par le Président américain devant le Congrès, permet à la Présidente de l’exécutif européen de récapituler les grands enjeux rétrospectifs et prospectifs pour l’année écoulée et à venir, et d’annoncer les grandes actions prioritaires de la Commission européenne.
En 2022, le discours était centré presqu’exclusivement sur le conflit en Ukraine. Cette année, le discours revêtait un caractère particulier, puisque la quatrième édition était aussi la toute dernière de la mandature en cours de la Commission européenne. En effet, en 2024, le Collège des Commissaires sera renouvelé afin de refléter les nouveaux équilibres politiques au Parlement européen, suite aux élections du 6 au 9 juin 2024.
Cette mandature de l’UE s’est ainsi caractérisée par des circonstances internationales inédites, notamment la pandémie de Covid-19, la concrétisation du Brexit, l’agression de la Russie en Ukraine puis l’inflation, la crise énergétique, agricole et des réfugiés qui en ont découlé, la crise migratoire, etc. Ce contexte a nécessairement influé sur le cours de l’action politique de l’UE, qui en plus de ses propres priorités politiques présentées en 2019 et relatives à « Une Europe plus verte et plus géopolitique » dans le cadre d’une double transition écologique et numérique, a été contrainte de s’adapter aux urgences de la situation et aux nouveaux défis contemporains.
Aussi, l’édition 2023 du Discours d’Ursula Von der Leyen aura duré près d’une heure, et permis de présenter un premier bilan de l’action de la Commission Européenne au cours de l’ensemble de la mandature. En bref, 92% des orientations politiques de 2019 auront été proposées sous forme d’initiatives concrètes au vote des colégislateurs (Parlement européen, Conseil de l’Union européenne), pour environ 40% adoptés à ce stade, huit mois avant la toute dernière session plénière du Parlement européen durant cette législature, fixée le 25 avril 2024.
En général, parmi les principales thématiques abordées, figurent notamment :
- Le Pacte Vert pour l’Europe (75 initiatives proposées ; 60% adoptées) : un corpus interdépendant de textes qui, tous domaines de politiques publiques confondus, concernent le respect des engagements de l’UE en matière de neutralité carbone en 2050 ;
- Economie, Social et Compétitivité des entreprises, face notamment aux trois grands défis actuels : pénuries de main-d’œuvre ; inflation et nécessité de faciliter l’activité économique ;
- Numérique & Intelligence artificielle (IA) ;
- Géopolitique du Monde, Migration et Sécurité ;
- Guerre en Ukraine ;
- Elargissements et approfondissements futurs de l’UE.
Également, le discours de 2023 annonce quelques pistes d’actions pour « les 300 derniers jours » avant les élections européennes. Cela concerne notamment une nouvelle phase du « Pacte vert » européen, avec un juste équilibre à trouver entre maintenir l’ambition d’une part, tout en préservant l’activité et la compétitivité économique des entreprises d’autre part. En particulier, la Présidente de la Commission européenne a fait des annonces sur les points suivants :
- Subventions chinoises : ouverture par l’UE d’une enquête pour pratiques anticoncurrentielles dans le cadre de l’aide publique chinoise à ses entreprises produisant des véhicules électriques, qui fausse le marché international ;
- En général, volonté manifeste de l’UE de s’engager pour un monde « ouvert » dans le cadre d’une concurrence « juste et équitable » ; à cet égard, diversification des accords de libre-échange à l’avenir : Chili, la Nouvelle-Zélande, Kenya, Australie, Mexique, Mercosur, Inde, Indonésie, etc.
- Mario Draghi, ex-Président de la Banque centrale européenne (BCE) et ex-Premier Ministre italien, sera chargé de la rédaction d’un rapport sur l’« Avenir de la compétitivité économique de l’UE » ;
- Une série de dialogues sur la transition énergétique (« Clean transition dialogues ») vont débuter avec les différents écosystèmes industriels identifiés par l’UE ;
- Un train de nouvelles mesures sur l’énergie éolienne (« Wind Energy package ») sera prochainement présenté par la CE pour accélérer la délivrance de permis et le déploiement ;
- Un dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture dans l’UE va s’engager, pour garantir la conciliation des impératifs de production alimentaire et de protection de la nature ;
- Un « Sommet des partenaires sociaux » aura lieu à Val Duchesse (Belgique) sous Présidence belge du Conseil de l’UE au premier semestre 2024, pour relancer l’Europe du dialogue social, là-même où le dialogue social européen est né en 1985 sous l’impulsion de Jacques Delors ;
- Avant la fin de l’année 2023, création d’un « Représentant de l’UE pour les PME » placé sous l’autorité directe de la Présidente de la Commission européenne. Pour chaque nouveau texte législatif, un contrôle de compétitivité préalable sera établi. Par ailleurs, volonté d’une diminution de 25% des obligations de déclaration qui pèsent sur les PME, tant au niveau européen que national ;
- Lancement du « Club des matières premières critiques » prochainement ;
- Annonce d’une relance des processus d’élargissement et d’approfondissement de l’UE : la Présidente déclare qu’il faut se préparer à une UE à plus de 30 membres (Ukraine, Moldavie, Géorgie, Balkans Occidentaux) et plus de 500 millions d’habitants dans un avenir indéterminé, quitte à modifier les Traités « quand et si nécessaire » ;
- Intégration prochaine de la Roumanie et de la Bulgarie à l’espace Schengen européen ;
- Relancer les relations entre l’UE et l’Union africaine (UA) ;
- S’appuyer sur la Stratégie « Global Gateway » de l’UE pour diversifier les partenariats internationaux, sur le modèle du corridor Inde-Moyen Orient-UE ;
- Nécessité de légiférer et d’encadrer l’Intelligence artificielle (IA) dans le cadre d’une transition numérique responsable, avec notamment la mise en place d’un Panel mondial sur l’IA.
Pour accéder au verbatim complet du discours, n’hésitez pas à consulter le site de la Commission européenne en France, ici.
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